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LA MOLDAVIE ET L'ABSURDITÉ DU «DROIT MILLÉNAIRE» DE LA RUSSIE

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Cet article porte sur la République de Moldavie, l'ancienne Bessarabie, un territoire habité depuis toujours par les Roumains et leurs ancêtres. Son objectif est de démanteler les prétentions de la Russie et ses rêves éternels d'un «Grand Empire», y compris ce territoire, tels qu'ils sont racontés par la propagande russe d'aujourd'hui et les récits impériaux soviétiques d'hier. Les informations présentées ici reflètent l'histoire réelle, telle qu'elle est consignée dans les documents et les sources historiques; il s'agit donc de faits réels et non d'une position antirusse. En effet, l’histoire a la fâcheuse habitude de contredire les récits russes sur la «gloire éternelle de la Russie», inventés de toutes pièces par les Russes pour atteindre leurs objectifs impériaux.


Le Parc Central, au cœur de la capitale, Chișinău.
Le Parc Central, au cœur de la capitale, Chișinău.

Les fausses recites russes

Les légendes colportées par le Kremlin présentent la Russie comme «l'éternel libérateur» et «le protecteur naturel» de cette région. L’identité roumaine du peuple vivant entre le Prut et le Dniestr a systématiquement été contestée par la Russie, de l'Empire tsariste à l'Union soviétique (le même Empire, mais rouge), à travers une série de constructions idéologiques dépourvues de tout fondement scientifique. De l'invention artificielle d'une «langue moldave» distincte du roumain à l'imposition d'une identité «moldave» séparée, ces initiatives visaient à légitimer la domination impériale russe sur cette région. Ces théories «moldaves» ont été soutenues par des mécanismes de propagande et par un mépris évident pour la vérité historique et linguistique; elles, ignorent complètement le consensus philologique et documentaire attestant de l'unité des Roumains jusqu'à la rive du Dniestr. L'histoire a ainsi été utilisée comme un instrument politique, transformant l'identité nationale en un objet de manipulation idéologique. En réalité, les sources médiévales et les recherches modernes confirment le caractère roumain de la Principauté de Moldavie (1359-1859) et sa continuité dans le processus de formation du peuple roumain.



Chapitre 1. La Principauté de Moldavie. Les relations avec la Russie: inexistantes. La Moldavie à l'époque d'Alexandre le Bon

Le règne d'Alexandre Ier, surnommé «Alexandre le Bon», (1400-1432) marque une étape de consolidation de l'État médiéval de Moldavie, également appelé Principauté de Moldavie.

Les sources de l'époque et l'historiographie moderne témoignent du développement d'une structure institutionnelle bien définie: organisation des bailliages, émission d'une monnaie propre, renforcement de la hiérarchie ecclésiastique et établissement d'alliances extérieures, notamment avec la Pologne et la Lituanie. Le traité d'alliance entre Alexandre le Bon et la Lituanie pour la protection des frontières contre les incursions tatars, qui mentionne la population et l'organisation sociale de la Moldavie, en est la preuve. Tout cela témoigne de l'autonomie politique et de l'affirmation de la Moldavie en tant qu'entité étatique distincte. La continuité linguistique et culturelle permet d'identifier les habitants de la Moldavie médiévale comme faisant partie de la communauté roumaine, un aspect confirmé par les chroniqueurs locaux (Grigore Ureche et Miron Costin) mais aussi par les témoignages étrangers de l'époque. Le pape Martin V les mentionne comme des «Roumains» ou des «Vlahs», reconnaissant ainsi leur appartenance à la population roumaine. Des chroniques polonaises et hongroises font également référence à la «Vlachie Mineure» ou à la «Valachie du Nord», décrivant les réalités ethniques et linguistiques sans revendications territoriales ou idéologiques.


Des voyageurs occidentaux, comme Johann Schiltberger, décrivent la langue, les coutumes et l'organisation sociale de la Moldavie, offrant une perspective neutre sur ce pays en tant que partie intégrante du monde roumain. Ces sources indépendantes et crédibles reflètent des réalités objectives et renforcent l'argument de la continuité roumaine en Moldavie au Moyen Âge. Conclusion: le règne d'Alexandre le Bon est essentiel à l'affirmation de la souveraineté de la Principauté de Moldavie et de l'identité roumaine dans l'espace situé entre les Carpates orientales, le Prout et le Dniestr.


La Russie pendant le règne d’Alexandru le Bon

Pendant cette période, la «Grande Russie éternelle» tant louée aujourd'hui n'était qu'un «Grand Principauté de Moscou» ou «Moscovie», un morceau du territoire autour de Moscou, une obscure garnison sous la tutelle de la Horde d'Or (un empire mongol qui s'étendait à l'époque sur une grande partie de l'actuelle Russie, de l'Ukraine, de la Bulgarie danubienne, du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan et du Turkménistan). Ce n'est que des siècles plus tard que «l'Empire millénaire russe» a été inventé, une fiction créée de toutes pièces pour réécrire l'histoire de ses voisins.



La Moldavie à l'époque d'Étienne le Grand

Le règne d'Étienne III, surnommé «Étienne le Grand» (en roumain: Ștefan cel Mare), de 1457 à 1504, marque l'apogée de l'affirmation politique et culturelle de la Moldavie médiévale. Les sources internes (Grigore Ureche, Miron Costin) et externes confirment non seulement la puissance militaire et la diplomatie du voïvode, mais aussi l'identité roumaine de la population sur laquelle il régnait.


Le monument de Chișinău dédié à Étienne le Grand.
Le monument de Chișinău dédié à Étienne le Grand.

Les chroniqueurs locaux de l'époque soulignent l'origine commune des habitants du territoire actuel de la Roumanie et de la République de Moldavie, qui vivaient «tous d'une même souche et d'une même langue roumaine». Cette perception est également confirmée par des documents étrangers: le chroniqueur polonais Jan Długosz appelait Étienne «dux Valachorum»(chef des Valaques). Confirmant ainsi que, pour leurs voisins, les Moldaves faisaient partie de la même communauté latine orientale. De même, dans la correspondance diplomatique vénitienne et papale, Étienne et ses sujets apparaissent sous le nom de Valachi, un terme faisant référence à leur latinité et non à une identité distincte. Le pape Sixte IV (1476) appelait le voïvode «Athleta Christi», c'est-à-dire «défenseur de la chrétienté»; cela renforçait son prestige européen, mais montrait également que la Moldavie était considérée comme faisant partie intégrante du monde latin oriental. La politique diplomatique d'Étienne le Grand se tournait vers la Pologne, la Hongrie, Venise et le Saint-Siège, des puissances qui reconnaissaient et renforçaient l'identité latine de la Moldavie. Les relations extérieures confirment ainsi le positionnement de la Moldavie au sein de l'Europe centrale et du monde chrétien latin, et non sous l'influence slave orientale.

Conclusion: le règne d’Étienne le Grand vient renforcer l'argument selon lequel les Moldaves sont de souche roumaine, tant par des témoignages internes (les chroniques roumaines) que par des reconnaissances externes (diplomates, papes, chroniqueurs européens). Il apparaît à la fois comme un chef militaire et politique d'exception, et comme un garant de la continuité roumaine en Europe de l'Est.


Les relations avec la Russie durant le règne d’Étienne le Grand

À cette époque, la Russie n'exerçait en effet aucune influence sur la Moldavie. Il n'y avait pas de relations directes avec l'Empire tsariste russe, car celui-ci n'existait pas encore. Il s'agissait de la «Moscovie», une grande principauté en pleine phase de consolidation sous Ivan III (1462-1505). Il existe toutefois des indices de contacts indirects, notamment dans le cadre des politiques anti-ottomanes et des alliances chrétiennes, et les chroniques russes mentionnent parfois les combats d'Étienne contre les Turcs.


Petru IV Rareș et les relations avec la Moscovie

Le règne de Petru Rareș, de 1527 à 1538, puis de 1541 à 15416, s'inscrit dans une période de profonde réorientation de la politique étrangère de la Principauté de Moldavie. Cette période est marquée par l'effondrement du royaume de Hongrie en 1526, le renforcement de la domination ottomane dans la région et les ambitions du Royaume Habsbourgeois d'Autriche et de l'Union polono-lituanienne (qui devient en 1569 l'État de Pologne-Lituanie).



La stratégie extérieure de Petru Rareș comprenait des projets anti-ottomans de grande envergure, comme le rêve de «la libération de Constantinople». Il cherchait un soutien extérieur pour d'éventuelles actions contre l'Empire ottoman, mais les liens militaires ou politiques directs avec la Moscovie restaient limités à cette époque; la Moscovie était en effet préoccupée par sa consolidation interne et par ses voisins immédiats, et aucun canal de coopération militaire substantiel entre Iaşi et Moscou n'est documenté comme ayant été opérationnel sous le règne de Petru Rareș. L’intérêt pratique de la Moldavie pour les contacts avec la Moscovie se limitait au commerce des fourrures et des produits de luxe, marchandises essentielles dans les flux économiques d’Europe de l’Est, ainsi qu'à l'accès aux marchés du nord-est pour négocier certains cadeaux diplomatiques spécifiques. Les chroniques de l'époque ainsi que les études modernes montrent que, dès son accession au trône en 1527, Petru Rareș s'est efforcé d'obtenir pour ses représentants le droit de transiter vers la Moscovie afin de s'approvisionner en fourrures, étant donné le contrôle polonais (Couronne et voïvodat de Lituanie) sur le territoire situé entre les deux pays. Toute intensification des contacts diplomatiques ou commerciaux entre la Moldavie et la Moscovie aurait dû être négociée avec les acteurs polonais ou réalisée par l'intermédiaire de médiateurs agréés par eux, ce qui ne fut pas le cas. Conclusion: Petru Rareș a cherché à obtenir des ressources et des alliés pour soutenir ses ambitions anti-ottomanes et légitimer sa domination. Les contraintes géopolitiques et géographiques ont toutefois fait que les contacts avec la Moscovie visaient des opportunités commerciales ponctuelles plutôt qu'un partenariat stratégique, même minimal.


La bataille de Stănilești, 1711: le début des relations officielles entre la Moldavie et la Russie

À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, la Moldavie se retrouve prise entre les pressions de l'Empire ottoman, les visées expansionnistes de l'Autriche et l'influence croissante de la Russie tsariste. Après les défaites ottomanes lors de la guerre austro-turque (1683-1699), puis la signature du traité de Karlowitz (1699), l'Empire ottoman chercha à rétablir son prestige militaire, tandis que la Russie du tsar Pierre le Grand visait à obtenir un accès à la mer Noire et à consolider son influence dans les Balkans. La Moldavie devint alors une zone tampon et un champ de bataille entre ces grandes puissances.



Le voïvode Dimitrie Cantemir (1710-1711), érudit et homme politique avisé, a alors misé sur une alliance avec la Russie pour soustraire la Moldavie à la suzeraineté ottomane. En avril 1711, à Lutsk, Cantemir a signé un traité secret avec Pierre le Grand: la Moldavie passait sous la «protection éternelle» de la Russie, le prince devait être choisi dans la famille des Cantemir et l'autonomie politique et religieuse du pays était garantie. Il s'agit du premier acte officiel par lequel la Russie endossait le rôle de protectrice de la Moldavie. Un rôle dans lequel elle a magistralement échoué: lors de la bataille qui a suivi, l'armée russo-moldave a été écrasée à cause des erreurs stratégiques de Pierre le Grand. Une paix déshonorante, conclue sur-le-champ, s'ensuivit, avec des conséquences désastreuses pour la Moldavie: Dimitrie Cantemir dut se réfugier en Russie, où il vécut jusqu'à sa mort en 1723; la suzeraineté ottomane fut renforcée et les dirigeants de la Principauté de Moldavie furent désormais nommés parmi les Grecs du quartier du Phanar, à Constantinople. Les relations ultérieures entre la Moldavie et la Russie furent sporadiques, essentiellement commerciales et diplomatiques, et se faisaient par l'intermédiaire de la Pologne et des Cosaques zaporogues. Après Stănilești, la Russie incarna pour les élites moldaves l'espoir de se libérer de la domination ottomane avec le soutien d'une puissance de même confession chrétienne orthodoxe. En ce sens, la présence de Cantemir à la cour de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, s'apparentait à un gouvernement en exil, tandis que son fils, Antioh Cantemir, allait devenir une figure centrale des Lumières russes. Plus tard, lors des guerres russo-turques (1735-1739, 1768-1774), la Moldavie fut à nouveau le théâtre des hostilités. Qu’il soit clair: la Russie utilisera l'idée de la «protection orthodoxe» pour justifier ses interventions sur le territoire roumain et pour poursuivre ses plans de conquête et d'annexion des territoires habités depuis toujours par les Roumains.


Le voïvode érudit Dimitrie Cantemir a cherché à libérer la Moldavie de la suzeraineté ottomane.
Le voïvode érudit Dimitrie Cantemir a cherché à libérer la Moldavie de la suzeraineté ottomane.

1812: le partage de la Moldavie et les conséquences historiques

La guerre russo-turque de 1806-1812 prit fin avec le traité de Bucarest, signé en 1812. Ce que la Russie n'avait pas pu obtenir par la force des armes, elle l'obtint par des pots-de-vin versés aux négociateurs ottomans. Notamment la partie de la Principauté de Moldavie située entre le Prout et le Dniestr, appelée désormais Bessarabie. Furieux, le sultan ordonna l'exécution de ses négociateurs, mais le mal était fait. Ce territoire fut donc incorporé à l'Empire tsariste russe et resta sous son contrôle jusqu'en 1918. L'autre partie de la Moldavie resta une principauté sous suzeraineté ottomane jusqu'en 1859, date à laquelle elle s'unit à la Valachie, la principauté roumaine située entre les Carpates et le Danube, donnant naissance à la Roumanie. La Russie, qui voulait toute la Moldavie pour elle, dut accepter cette union soutenue par la France et l'Angleterre, les vainqueurs de la guerre de Crimée (1853-1856). Le nouveau pays ainsi créé reçut le nom de Roumanie, et son existence fut essentielle pour les Roumains de Bessarabie, qui purent ainsi préserver et développer leur identité nationale. Et résister aux efforts de russification.


La russification du Bessarabie de 1812 à 1918

Bien à savoir: la russification dépasse largement les limites de la colonisation. Elle consiste à provoquer un changement radical de la culture, de la civilisation et de la population locale, afin de pouvoir clamer plus tard que ce territoire a toujours appartenu à la Russie, qu’il était «russe» depuis la nuit des temps. En Bessarabie, région de la Principauté de Moldavie qu'ils occupaient depuis 1812, les Russes ont mis en place une administration centralisée et militarisée, puis ont entamé un processus de russification à marche forcée. La langue roumaine, parlée par les habitants, a été rebaptisée «moldave» afin de la distinguer de celle parlée dans les autres territoires habités par les Roumains. La langue russe a remplacé le roumain dans l'administration en 1829, puis dans l'Église à partir de 1833, et dans toutes les écoles à partir de 1842. Enfin, en 1871, le roumain a été purement et simplement interdit dans toute la sphère publique afin de l'effacer entièrement et de ne plus jamais être utilisé par les habitants de ce territoire. Cette répression contre la langue roumaine a été accompagnée de restrictions de plus en plus marquées des droits des élites et des habitants locaux. La plupart des propriétés seigneuriales ont été confisquées pour être données aux colons, principalement russes, mais aussi ukrainiens, allemands, gagaouzes, bulgares et juifs; la colonisation a été fortement encouragée, utilisée pour modifier la composition de la population et renforcer le contrôle russe. Les colons jouissaient de nombreux avantages dont les autochtones étaient privés: l'Empire leur concédait des terres, des aides financières, des exemptions d'impôts et une liberté religieuse (sauf pour les musulmans). Le servage, aboli dans l’Empire russe en 1861, ne concernait que les Roumains et non les colons, qui demeuraient des hommes libres. De 1812 à 1900, la population roumaine est officiellement passée de près de 80 % à environ 47 %. Cette politique a conduit à l'aliénation de l'élite roumaine et à l'exacerbation des tensions culturelles et religieuses, en raison du contrôle exercé par l'Église orthodoxe russe. En effet, même si les Roumains étaient de la même religion, l'Église orthodoxe russe les traitait très mal, car elle était un instrument de la russification et non une Église sœur. Conséquence: très vite, les gens ont regretté l'époque de la suzeraineté ottomane en comprenant que les prétendus libérateurs russes étaient en réalité des oppresseurs pires que les Ottomans.



L'union de la Bessarabie à la Roumanie en 1918

Le processus de russification n'a pas réussi à effacer l'identité nationale, la communauté de langue, de culture, de traditions et de valeurs partagées avec les Roumains de la rive gauche du Prut. La naissance de la Roumanie à la suite de l'unification de 1859 entre la Moldavie de la rive gauche du Prut et la Valachie les a même renforcés. Des mouvements nationalistes roumains sont nés et se sont développés. À la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire tsariste russe s'est effondré à la suite de la révolution de 1917, puis de la guerre civile (1917-1922). La Bessarabie a profité de ce vide du pouvoir et, en 1917, le «Sfatul Țării», un organe législatif représentatif, a été constitué pour gérer la crise politique et militaire locale. Le 27 mars 1918, ses membres ont voté l'union de la Bessarabie avec la Roumanie, invoquant la nécessité de protéger la population contre les menaces bolcheviques, la continuité historique et culturelle avec la Roumanie, ainsi que la nécessité d'assurer une stabilité politique et économique dans une région instable. Cette décision a été entérinée par le traité de Versailles de 1920 et reconnue internationalement. Cependant, l'Union soviétique, l'Empire Russe Rouge/Communiste, ne l'a jamais reconnue, considérant la Bessarabie comme faisant partie de son territoire.


Le 27 mars 1918, le « Sfatul Țării » a voté l'union de la Bessarabie avec la Roumanie.
Le 27 mars 1918, le « Sfatul Țării » a voté l'union de la Bessarabie avec la Roumanie.

La RSSA de Moldavie

Pour le plus grand désarroi de ses voisins, l'Empire russe renaît à la fin de la guerre civile sous le nom d'Union soviétique: un empire rouge, communiste, plus dangereux, plus menaçant et plus rusé que l'Empire tsariste d'avant. En ce qui concerne la Bessarabie, cela se manifeste non seulement par le refus de reconnaître l'union avec la Roumanie, mais aussi par la création d'un État fantoche: la République socialiste soviétique autonome de Moldavie (ou RSSA de Moldavie). Créée sur un territoire arraché à l'Ukraine (alors appelée République socialiste soviétique d'Ukraine), elle se trouvait entre le Dniestr et le Boug méridional, correspondant en grande partie à la Transnistrie actuelle. Au début, la population de la RSSA Moldavie est un mélange d'Ukrainiens (46 %) et de Roumains (32 %). Puis, les autorités russes ont organisé une migration importante de personnel en provenance des autres républiques soviétiques, notamment de Russes et d'Ukrainiens. Selon la version officielle russe, il y existerait une population «moldave» libre et les Moldaves de Bessarabie, sous le joug roumain, attendraient d'être libérés par l'Union soviétique (mon œil !). La capitale officielle est la «ville temporairement occupée de Chișinău», mais les capitales effectives sont d'abord Balta jusqu'en 1929, puis Tiraspol jusqu'en 1940. Cette «république» sert en effet à légitimer les prétentions territoriales russes sur la Bessarabie. Pour étayer ces prétentions, les Russes créent un «alphabet moldave» écrit en caractères cyrilliques, différents de l'alphabet latin de l'ancienne principauté de Moldavie. Du jour au lendemain, cette écriture devient la seule écriture officielle dans la RSSA Moldave et toute mention de la Roumanie, autre que comme une «puissance impérialiste occupant indûment un territoire soviétique», est assimilée à une trahison (passible de la peine de mort). Cette affirmation deviendra désormais la position officielle de la Russie et sera «reconnue» (!) par le pacte Ribbentrop-Molotov. Conclusion: à partir de ce moment, les Russes, sur ordre de Staline, considèrent que la Bessarabie, l'actuelle République de Moldavie, a toujours appartenu à la Russie.


Défilé soviétique en Bucovine, dans la capitale Chișinău.
Défilé soviétique en Bucovine, dans la capitale Chișinău.

Pacte Ribbentrop-Molotov

Le 23 août 1939, l'Allemagne nazie et l'Union soviétique (le nom porté à l'époque par l'Empire russe communiste) signèrent le pacte Ribbentrop-Molotov, un traité de non-agression comprenant un protocole secret attribuant la Bessarabie aux Russes. Cette décision a entraîné des conséquences dramatiques: en juin 1940, l'Union soviétique a lancé un ultimatum à la Roumanie, qui a été contrainte de céder le territoire sans combattre. Pour le libérer, la Roumanie entra en guerre aux côtés de l'Allemagne nazie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique a de nouveau occupé la Bessarabie et instauré le communisme en Roumanie, un fléau qui a duré 45 ans (à lire «Manger sur le pouce: Guide de survie en communisme»). Des conséquences extrêmement négatives ont également suivi pour la Bessarabie: déportations massives, persécutions politiques et religieuses, et d'autres formes de répression à l'encontre de la population roumaine.


La répression de la langue et de l'identité roumaines

Après l'annexion de la Bessarabie, l'Union soviétique a procédé à une réorganisation administrative: la République socialiste soviétique autonome de Moldavie (RSSA de Moldavie, qui deviendra la Transnistrie en 1991) a été rattachée à la Bessarabie, et l'entité résultante a été nommée République socialiste soviétique de Moldavie (RSSM). La politique de déroumanisation a été étendue à toute cette nouvelle «république»: la langue roumaine a été rebaptisée «langue moldave» et l'alphabet cyrillique a été imposé à la place de l'alphabet latin. Ce changement linguistique constituait également un instrument idéologique destiné à créer une identité nationale «moldave» distincte de celle des Roumains. Dans le domaine de l'éducation, les écoles et les universités ont été contraintes d’enseigner en «langue moldave» et la littérature roumaine a été censurée, voire carrément remplacée par des auteurs soviétiques. Les manuels et les programmes scolaires mettaient l'accent sur l'appartenance à l'Union soviétique et sur la russification de l'histoire. Un contrôle strict était exercé sur la vie quotidienne: les fêtes roumaines étaient découragées, voire interdites, et remplacées par des fêtes propres à l'Union soviétique, comme le Jour de la Victoire contre l'Allemagne nazie, qui a remplacé la Journée de l'Indépendance de la Roumanie par rapport à la suzeraineté ottomane. Les traditions populaires roumaines ont été remplacées par des traditions «moldaves» créées artificiellement pour établir l’identité «moldave»! Entre 1940 et 1953, les autorités soviétiques ont procédé à plusieurs vagues de déportations massives en Bessarabie; les estimations varient, mais on pense que des centaines de milliers de personnes ont été déportées en Sibérie, au Kazakhstan et dans d'autres régions reculées. Ces déportations visaient principalement les intellectuels, les dirigeants politiques, les agriculteurs aisés et toute personne considérée comme un «ennemi du peuple»; en règle générale, ceux qui continuaient à se considérer comme des «Roumains» et non comme des «Moldaves». La famine de 1946-1947 a également sévi, affectant gravement la population locale. L'Église orthodoxe roumaine a été soumise à l'Église russe, instrument de l'Empire russe; les prêtres roumains ont été persécutés et les activités religieuses ont été limitées, voire interdites. Parallèlement, le régime a promu l'athéisme et le culte de la personnalité des dirigeants soviétiques. Conclusion: de 1945 à 1991, l'Empire russe a tout mis en œuvre pour créer de toutes pièces une nation «moldave» en Bessarabie distincte de la nation roumaine, mais appartenant à la famille des peuples russes. Tout comme il le fait aujourd'hui avec les Ukrainiens, en prétendant qu'ils sont également des Russes.


1991: éclatement de l’Union soviétique

Le 8 décembre 1991, l’Union soviétique se désintègre et les 15 «républiques» qui la composaient se proclament États indépendants; la RSS de Moldavie devient alors la République de Moldavie. Malheureusement, les efforts des communistes russes pour effacer l'identité nationale ont porté leurs fruits, rendant la population peu encline à réitérer le mouvement de réunification avec la Roumanie, comme en 1918. De l'autre côté, la Roumanie ne souhaitait pas non plus revivre ce moment historique, car elle était alors dirigée par un président pro-russe, fidèle de Gorbatchev, qui l'avait beaucoup aidée à accéder au pouvoir (à lire «Manuel de détournement des Révolutions: édition 1989»). De plus, une partie de la nouvelle République de Moldavie a immédiatement fait sécession, se proclamant «soviétique/russe». Sans surprise, il s'agit de la Transnistrie, l'ancienne RSSA de Moldavie de l'entre-deux-guerres. Ce qui était, à l'époque, un bastion de la création d'une identité distincte de celle roumaine est devenu, après 1991, une «forteresse» russe, un véritable «Kaliningrad». Une armée russe y est restée positionnée et a assuré la victoire de la Transnistrie lors de la guerre de sécession de la Moldavie en 1992. Elle a également profité de l'infrastructure industrielle et militaire, avec les villes de Tiraspol et de Bender, développées pendant la période soviétique en de très importants centres industriels et militaires, afin de permettre aux Russes de mieux contrôler la zone, y compris l'accès stratégique à la mer Noire. Une véritable «tête de pont» d'où les Russes pouvaient lancer de véritables offensives militaires, comme en 1992, puis des opérations d'influence pour garder la République de Moldavie (et d’autres pays également) dans leur sphère d'influence et sous leur contrôle, par l'intermédiaire de politiciens qui jouaient leur jeu.


Roumanie a aidé beaucoup

Toutefois, la Russie était loin et, entre elle et la Bessarabie, devenue la République de Moldavie, se trouvait désormais l'Ukraine. En revanche, la Roumanie était proche et démocratique. Forcément, en République de Moldavie, un processus de démantèlement de la construction artificielle de l'«identité moldave» et de retour à l'identité roumaine a été enclenché. La Roumanie a aidé la Moldavie autant qu'elle le pouvait, et l'euphémisme de la «grande sœur» est on ne peut plus approprié. En 2000, moi, George, j'ai moi-même participé à une telle expédition humanitaire, filmant un convoi de l'amitié qui transportait des fonds et des livres en République de Moldavie. J'ai été ému et fier de voir cette caravane arriver à la ville de Costești-Ialoveni, où elle a offert une multitude de livres en roumain aux écoles locales et au lycée théorique de Costești. Les jeunes de la ville les ont accueillis avec enthousiasme, considérant ces livres comme un trésor qui confirmait leur identité et leur ouvrait de nouveaux horizons. Pour moi, cela a été la preuve vivante que le lien fraternel ne se rompt pas, quels que soient les efforts de l'histoire pour le briser. Ce n'est pas un hasard si la ville de Costești reste au fil des siècles le témoin de cette fraternité; sa première mention documentaire remonte à 1573, à l'époque du voïvode Ioan II Vodă dit «le Cruel» (1572-1574) qui s'est battu farouchement pour garder la Moldavie indépendante des Ottomans.


Les coups de grâce

En 2020, Maia Sandu, pro-européenne et pro-roumaine, a remporté l'élection présidentielle; l'année suivante, son parti, le PAS (Parti Action et Solidarité), a remporté les élections parlementaires. Le processus de dé-russification, de démantèlement de l'identité «moldave» et de retour à l'identité roumaine réelle prenait de la vitesse. En 2024 et 2025, Maia Sandu et le PAS voient leurs mandats largement renouvelés, ce qui montre que la population adhère à leur politique proeuropéenne et pro-roumaine. Les partis pro-Kremlin ont tenté de ressusciter les vieux discours de Moscou, en mettant l'accent sur la «langue moldave» et l'idée d'une continuité de la domination russe, mais les citoyens ont rejeté ces messages et ont affirmé par leur vote que leur appartenance historique et culturelle est européenne et roumaine. Cette victoire claire contre la stratégie de Poutine et ses «enveloppes rouges» pleines d’argent sale montre que la Moldavie ne se laisse pas corrompre et que sa population comprend l'importance de la souveraineté, de l'identité et des valeurs démocratiques. La leçon tirée de deux siècles de cohabitation forcée avec l’Empire russe s'est transformée en une conviction claire: l’avenir de la Moldavie est européen et le choix pro-roumain n'est pas seulement symbolique, mais une réaffirmation de la continuité historique et culturelle du pays. Au début de l'année 2026, Maia Sandu a lancé le thème d'un référendum sur l'unification avec la Roumanie. Cela peut sembler loin, mais l'issue ne fait aucun doute: tôt ou tard, la Bessarabie, encore appelée République de Moldavie, reviendra à sa place historique, en Roumanie. Et à la Russie, il ne reste plus qu'à partager ses fantasmes impériaux de «droits millénaires» sur la Bessarabie, territoire roumain depuis la nuit des temps, avec ceux qui veulent bien l'entendre et le croire. Autrement dit, de moins en moins.


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