TE PATI O MATARIKI: L'ÉTOILE BRILLANTE ET LE NOUVEL AN MĀORI
Pour les navigateurs polynésiens, le ciel était une carte vivante. Bien avant l'apparition des boussoles, des sextants et autres instruments modernes, ils utilisaient les étoiles pour traverser le plus vaste océan de la planète. Chaque étoile, chaque constellation, chaque lever et coucher du soleil jouait un rôle précis dans l’orientation. Les étoiles n'étaient pas de simples lumières dans la voûte nocturne. Elles étaient des repères, des chemins, des guides et des gardiens pour les voyageurs.

Matariki: les étoiles des Pléiades
Dans la culture Māorie, Matariki désigne l'amas stellaire des Pléiades. Ce groupe d'étoiles apparaît pour la première fois à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet. Cet événement marque le début d'une nouvelle année dans le calendrier lunaire Māorie.

La fête de Pipiri
Autrefois, les gens observaient le ciel à la fin du mois de juin, appelé Pipiri. À ce moment-là, la lune s’amincissait comme une faucille. Matariki s'élevait lentement dans l'obscurité, telle une torche allumée marquant le début d'un nouveau cycle. C'était une période de fête durant laquelle des journées entières lui étaient consacrées. Les Māori observaient alors les étoiles pour y déceler les signes de l’année à venir. Ils rendaient hommage à ceux qui étaient partis dans le monde des esprits et offraient de la nourriture au ciel, en guise de don destiné à renforcer la lumière des étoiles et le lien entre les hommes et le cosmos. Dans certaines régions, le début de l’année n’était pas annoncé par Matariki, mais par Puanga (Rigel) ou d’autres étoiles guides; chaque tribu conservait ainsi ses propres traditions.

Le déclin et la renaissance de Matariki
Au cours du XXeme siècle, cette fête a progressivement perdu sa place dans la vie des communautés. Cependant, dans les années 1990, Matariki a connu une renaissance, parallèlement à la revitalisation de la culture Māorie. Elle est alors redevenue un symbole de l’identité et de la mémoire collective. Le 24 juin 2022, la Nouvelle-Zélande a célébré Matariki pour la première fois en tant que fête nationale, marquant ainsi officiellement le retour d’une tradition vieille de plusieurs siècles.

La légende de Tāwhirimātea
Matariki est le nom māori donné aux Pléiades, mais aussi à l’une de leurs étoiles. Selon la légende, ce nom proviendrait de l’expression 《ngā mata o te ariki》o Tāwhirimātea, qui signifie «les yeux du dieu Tāwhirimātea». La légende raconte que ce dieu du vent et du temps s’est mis en colère lorsque le ciel, Ranginui, et la terre, Papatūānuku, ses parents, ont été séparés de leurs autres enfants. Submergé par la douleur et la colère, il s'est arraché les yeux et les a lancés vers le ciel.

Ils sont restés collés à la poitrine de son père, brillant comme un signe éternel de souffrance et d'irréconciliation. C’est pourquoi les vents sont changeants et imprévisibles, tantôt doux comme une brise, tantôt sauvages comme une tempête: Tāwhirimātea, aveuglé par sa propre douleur, ne voit plus le chemin qu’il parcourt.

La légende de Matariki
Cette constellation est également connue sous les noms de Te Tautari nui o Matariki («Matariki fixée dans le ciel») ou Te Huihui o Matariki («Le rassemblement de Matariki»). Il existe de nombreuses variantes de cette légende, mais l’une des plus appréciées raconte que Matariki est une mère entourée de ses six filles: Tupu-ā-nuku, Tupu-ā-rangi, Waipunarangi, Waitī, Waitā et Ururangi. Chaque année, Matariki et ses filles traversent le ciel pour rendre visite à leur arrière-grand-mère, Papatūānuku, la Terre-Mère.

Leur voyage n’est pas une simple visite de courtoisie, mais une œuvre silencieuse qui prépare le monde à un nouveau départ. Chaque étoile utilise ses dons propres pour apporter le «mauri», l’énergie vitale, dans les différents domaines de l’existence. En passant du temps aux côtés de leur «kuia» (grand-mère), elles acquièrent de nouvelles connaissances et compétences. Celles-ci, elles les conservent et les transmettent à leur tour.

Tupu-ā-nuku
La plus grande des filles de Matariki, elle passe son temps aux côtés de Papatūānuku, la Terre-Mère. Et à prendre soin des plantes et à veiller à ce qu’elles reçoivent tout ce dont elles ont besoin pour pousser fortes et en bonne santé. C’est d’elles que naissent le 'kai' (la nourriture), le 'rongoā' (les remèdes) et le 'kākahu' (les vêtements). Lorsque nous la voyons briller dans le ciel, cela nous rappelle que chaque être a son propre rythme d’épanouissement. Mais aussi, la véritable croissance consiste à cultiver nos 'pūkenga' (nos compétences) mais aussi à encourager celles de ceux qui nous entourent.

Tupu-ā-rangi
Tupu-ā-rangi adore chanter. Papatūānuku la guide à travers le 'te wao nui', la grande forêt, où sa voix résonne parmi les enfants de Tānemahuta, le dieu des lieux. Son chant réveille les arbres, anime les oiseaux (manu) et les lézards (mokomoko), et toute la forêt lui répond comme un chœur invisible. Elle garde toutes ces mélodies près de son cœur et nous rappelle que les dons ne deviennent vraiment précieux que lorsqu’ils sont partagés.

Waipunarangi
Waipunarangi accompagne sa grand-mère au bord des océans, des lacs et des rivières, où elle prépare les enfants de Tangaroa à nourrir les hommes. Papatūānuku lui montre comment l’eau qui tombe de Ranginui s’accumule dans les sources et les rivières pour étancher la soif des hommes, des animaux et des plantes. Puis, elle est à nouveau élevée vers le ciel par la chaleur de Tāmā-nui-te-rā pour revenir sous forme de pluie. Waipunarangi comprend alors que la nature ne connaît pas le gaspillage, mais seulement des cycles infinis de générosité. Elle nous enseigne que la bonté, à l’instar de l’eau, retrouve toujours son cours.

Waitī
Waitī et Waitā sont les jumelles de Matariki. Papatūānuku savait qu'elles étaient précisément celles qui pourraient prendre soin des êtres vivants les plus petits et les plus rapides. Et cela, car elles comprenaient mieux la puissance de la collaboration. Les abeilles (ngā pī) pollinisent les fleurs et font vivre les forêts, tandis que les fourmis (ngā pōpokoriki) construisent de véritables villes souterraines et peuvent porter plusieurs fois leur propre poids. En contemplant ces deux étoiles, nous nous rappelons que les plus grandes réalisations naissent lorsque chacun apporte sa contribution au bien commun. Waitī (Maia) est l’étoile associée aux eaux douces (sources, ruisseaux, rivières, lacs, zones humides), ainsi qu’aux plantes et aux animaux qui vivent dans ces écosystèmes. Le nom Waitī est composé de deux mots: «wai» (eau) et «tī», qui signifie «douce».

Waitā
Waitā (ou Taygeta) est l'étoile associée à l'océan et au milieu marin. Elle symbolise les nombreuses sources de nourriture issues de la mer. Le nom Waitā est composé de deux mots: «wai» (eau) et «tā» (sel).

Ururangi
Ururangi adore faire la course avec ses sœurs pour être la première à rejoindre sa grand-mère. Elle revendique sa place préférée dans ses bras et s’y blottit pour écouter les histoires qu’elle adore. Son enthousiasme, sa persévérance, son 'awhi' (étreinte) et son 'aroha' (amour) aident Papatūānuku à laisser derrière elle le froid et l’obscurité de l'hiver (takurua) pour se préparer à un nouveau départ. Ururangi nous rappelle que l’espoir et l’attitude avec lesquels nous abordons la vie peuvent changer le chemin que nous empruntons.

Matariki: la mère qui ne dorme jamais
Mais Matariki? Que fait-elle? Elle fait exactement ce que font toutes les bonnes mères et toutes les personnes qui prennent soin des autres avec amour: elle veille sur ses enfants. Grâce à son soutien, à ses encouragements et à sa sagesse, chacune de ses filles peut accomplir sa destinée. Et lorsque la dernière histoire de la nuit s’achève et que l’aube commence à dissiper l’obscurité, Matariki reste là, au-dessus du monde, telle une mère qui ne dort jamais vraiment. Elle ne régit pas les saisons par la force ni ne change les destins par des miracles. En revanche, elle tisse un pont invisible entre le ciel et la terre, entre le passé et l’avenir, à l’aide des fils de la mémoire, de la gratitude et de l’espoir.

Pour les Māori, le début d’une nouvelle année marque le passage du temps et le renouveau du lien entre les hommes, la nature et les ancêtres. Lorsque ils contemplent Matariki, ils ne voient pas seulement un amas d'étoiles. Ils voient une famille. Les larmes de Tāwhirimātea transformées en lumière, les bras protecteurs de Papatūānuku, ainsi que la promesse que chaque nouveau cycle apporte une nouvelle chance de grandir. Chaque étoile leur rappelle que le monde vit grâce à l’équilibre: la terre nourrit les hommes, les eaux portent la vie et les forêts respirent pour nous. Et les hommes ont le devoir de répondre avec bienveillance, respect et aroha (l’amour). C’est peut-être précisément pour cela que Matariki continue de briller après tant de siècles. Non pas uniquement parce que ses étoiles brillent plus fort que celles des autres. Mais aussi parce qu’elle perpétue une idée simple et profonde: aucun être humain n’est véritablement séparé du ciel, de la terre ou de ceux qui l’ont précédé.

Et chaque hiver, lorsque les sept lumières réapparaissent à l’horizon de la Nouvelle-Zélande, elles n’annoncent pas seulement le début d’une nouvelle année. Elles invitent les gens à regarder le passé avec gratitude, le présent avec amour et l’avenir avec espoir. Et tout en leur rappelant que, tout comme les étoiles, chaque vie ne révèle son véritable éclat que lorsqu’elle fait partie d’une constellation. Bonne Matariki!




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