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LES JEUNES FILLES DE CĂPÂLNA: LA SPIRALE DE LA FERTILITÉ

il y a 22 minutes
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Une tradition ancestrale en Transylvanie (Roumanie). Au cœur du plateau de Târnava, les collines murmurent des contes ancestraux. C'est là qu’une danse rituelle aux racines symboliques profondes a été préservée: «Purtata Fetelor de la Căpâlna»; en traduction: «La Spirale des jeunes filles du village de Căpâlna». Transmise de génération en génération par la tradition orale et au sein du cercle intime de la famille, cette danse est restée un fil invisible de la continuité culturelle, résistant à l’oubli et à la modernité. Les mouvements en spirale, à la fois ordonnés et saccadés, évoquent les danses de fertilité du monde antique. Vêtues de costumes traditionnels fleuris, les jeunes filles deviennent les symboles de la terre fertile, des cycles de la nature et de l’espoir.



La spirale, présente dans la structure de la danse, symbolise la régénération, le temps cyclique et le lien entre la vie, la mort et la renaissance. Ainsi, «La Spirale» est bien plus qu’une danse. C'est une prière en mouvement, une invocation adressée à la fertilité des champs et à la fécondité du peuple.



Avant 1989, les jeunes filles de Căpâlna se produisaient dans certaines émissions télévisées qui servaient d’outils de propagande au régime communiste au pouvoir jusqu’en décembre 1989. Leur danse s’est ainsi intégrée au mécanisme de propagande culturelle tout en conservant son authenticité et sa symbolique. Leur seule sortie à l’étranger à cette époque eut lieu en Yougoslavie, une percée timide à une époque où la culture populaire était bridée par le national-communisme de l'époque de Ceaușescu. Après 1989, les jeunes filles ont «explosé», comme le diront plus tard les chroniqueurs. Libérées du contrôle politique, elles ont brillé sur les scènes de toute l’Europe, diffusant par leurs pas virevoltants l’énergie d’un patrimoine vivant.



La commune de Căpâlna de Jos se trouve dans le département d’Alba et fait partie de la communauté de communes de Jidvei. C'est une région où les vignes, enracinées dans l’argile de la vallée de la Târnave, produisent des vins d’exception. Dans ce coin du pays, la vigne et la femme portent leurs fruits avec la même générosité mystérieuse. Ici, il est né l’histoire des «Filles de Căpâlna»: un mythe vivant tissé de pas, de rythme et d’un silence hérité. La commune de Căpâlna compte 1 663 habitants (en 2011), répartis entre les principaux villages: Săldăbagiu Mic (466 habitants), Suplacu de Tinca (411 habitants), Căpâlna (333 habitants), Ginta (309 habitants) et Rohani (144 habitants).


L'église en bois de Săldăbagiu Mic est le plus grand village du Căpâlna.
L'église en bois de Săldăbagiu Mic est le plus grand village du Căpâlna.

Cette danse ne s'apprend pas, on s'en imprègne. Dès l'âge de quatre ans, les filles observent leurs mères effectuer des mouvements en spirale, que ce soit dans la cour de la maison ou dans la salle de répétition. La troupe officielle compte une trentaine de jeunes filles. L'appartenance au groupe est régie par un rituel d'initiation aux racines préchrétiennes. Les jeunes filles doivent être nées et avoir grandi dans le village, ne pas être «prises» (c'est-à-dire non mariées) et préserver la pureté d'un cercle féminin consacré à la fertilité, à la continuité et à l'ordre cosmique. Lorsqu’une d’entre elles se marie, elle quitte le groupe. Non pas parce qu’elle en est exclue, mais parce qu’elle a accompli son rôle à une étape symbolique de la vie. Sa place est alors reprise par une autre jeune fille.



Jusqu’en 1948, la danse en spirale des jeunes filles de Căpâlna était un mystère transmis à voix basse de mère en fille. Il a fallu l’œil attentif de l’institutrice Stana Biriş, originaire de Galați, pour que ce trésor sorte de l’ombre et entre dans la conscience collective. Fascinée par la beauté rituelle et la pureté du geste, Stana Biriş a commencé à promouvoir cette danse dans les grandes villes de Roumanie en présentant la «Spirale de Căpâlna» sur les scènes des festivals et dans les émissions de télévision. Partout, elle a été accueillie avec émerveillement. C’est ainsi que les jeunes filles de Căpâlna sont devenues les porte-paroles d’un message national sur la vitalité d’un peuple transmis par des gestes rituels. Jusqu’en 1968, Stana Biriş a été l’âme de la troupe. Son départ pour Bucarest, parallèlement au début des études universitaires de ses enfants, a marqué la fin d’une époque. Mais pas celle de la tradition. Sa mission a été reprise par d’autres femmes du village, gardiennes d’un héritage inestimable.



Toutes les jeunes filles de Căpâlna sont réparties en trois cercles symboliques représentant les différentes étapes et transitions de la vie féminine au sein de la communauté. Le premier groupe est composé de petites filles de maternelle et du primaire qui apprennent les pas de danse, le silence et l'émerveillement. Le deuxième cercle regroupe les adolescentes et les jeunes femmes jusqu’à l'âge de 18 ans, tandis que le troisième est réservé aux femmes célibataires, gardiennes d’une pureté rituelle. Ces groupes créent un parcours initiatique de la féminité, de l’enfance à la maturité, tout en conservant le lien avec les origines. Lors des fêtes ou des spectacles, ce rituel a parfois été assoupli, mais l'esprit de la danse est resté intact: chaque pas, chaque pirouette, chaque main tendue continue de raconter la même histoire, celle d'une sororité sacrée qui relie la terre au temps et le corps au rythme ancestral.



Dans les années 1970, la troupe de danse de Căpâlna était à son apogée, comptant entre 75 et 82 femmes. Leurs mouvements, comme s'il s'agissait d'un seul être doté de dizaines de cœurs, laissaient le public sans voix. Cette danse, que l'ethnographe Petruţa Pop définissait comme «à la fois masculine et féminine», se déroulait dans une géographie rituelle de la féminité, avec de petits pas réguliers, au sein d'une procession silencieuse et pleine de sens.



La «Spirale des filles de Căpâlna» est à la fois une danse et une forme de prière ancestrale. Il s'agit d'un cercle de danse de régénération, un chant sans soliste où chaque voix se fond dans un tout plus grand. Les filles ne dansent pas uniquement pour le spectacle. Chaque mouvement est aussi une invocation, une évocation silencieuse d'une mémoire inoubliable. Diriger n’est pas un acte de pouvoir, mais de responsabilité sacrée. Il faut y être pleinement présent, avec son corps, son cœur et la mémoire des générations passées. La danse n’est pas un simple acte festif, mais un rituel vivant, un lien qui reste toujours ouvert, une alliance continue entre les générations.



Les mots du chanson

Je suis sur la colline et il est dans la vallée

Je le reconnais à sa démarche.

Je le reconnais à sa démarche.

C'est comme si je pensais qu'il viendrait

Je le reconnais à sa démarche

Je le reconnais à sa démarche

Comme si je pensais qu'il m'était 'écrit' (comme 'destiné')

Comme un trait sur le papier.

Comme un trait sur le papier.

Et sa démarche était souple.

Comme mêlée d'amour.

Mêlée d'amour.

Badeo, petit épi de blé,

J’aurais tant voulu ne jamais te connaître.

J’aurais tant voulu ne jamais te connaître.

Car depuis que je te connais,

Je n'ai besoin de personne d'autre au monde.

Je n'ai besoin de personne d'autre au monde.

Toi seul, seulement toi,

Un autre, hors de question.



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